Dans ce numéro

 




Version PDF 

 
 

Centre du riz pour l’Afrique


Veuillez envoyer vos questions, commentaires ou suggestions à: 
Savitri Mohapatra, Rédactrice (s.mohapatra@cgiar.org)

Avril-Juin 2003

Numéro 2

 

Espoir d’un pays désertique : Technologies
personnalisées pour la riziculture irriguée en Mauritanie


Dans un pays où le désert occupe plus de 90% de la superficie, où plus d’un quart de la population est au-dessous du seuil de pauvreté (un dollar par jour), une gamme de technologies améliorées et d’outils d’aide à la décision offre de nouveaux choix aux riziculteurs et améliore la productivité, la rentabilité et la durabilité de la riziculture irriguée.

Des chercheurs de l’ADRAO et du système national de recherche et de vulgarisation de Mauritanie, en partenariat avec les paysans locaux, ont montré que même une adoption partielle de ces technologies par les producteurs a accru de 60% les rendements des champs et de 85% les bénéfices.

La plupart de la population mauritanienne pratiquait le nomadisme il y a un peu plus de 40 ans. Mais les sécheresses récurrentes et l’avancée continue du désert ont poussé beaucoup de personnes à abandonner leur mode de vie traditionnelle. Le secteur agricole emploie maintenant près de 65% de la population active, ce qui représente environ
25% du PDB.

En Mauritanie, le riz est un aliment de base. Le riz paddy – cultivé presque exclusivement dans les terres irriguées de la vallée fertile du fleuve Sénégal – s’est considérablement propagé au cours des dernières années et compte actuellement pour près de 50% de la production céréalière. Cependant, la production de
riz local ne couvre pas la demande du pays puisque les rendements sont généralement très inférieurs au potentiel.

Les chercheurs de l’ADRAO ont découvert que la production relativement faible des systèmes rizicoles irrigués en Mauritanie et dans les autres pays sahéliens de l’Afrique de l’Ouest est due en partie au fait que la plupart des approches de recherche supposent que ces environnements sont homogènes et ont, par
conséquent, développé des technologies uniformes. “En effet, l’environnement sahélien est très complexe et les contraintes et les priorités dans la même région varient considérablement tout comme le sont les perceptions et la connaissance de base des paysans,” a expliqué Dr K. Miezan, Chef du Programme riz irrigué de l’ADRAO. “Par conséquent, à moins que cette variabilité ne soit prise en compte et que les paysans ne soient intégrés dans le processus de génération et d’adaptation des technologies, ils rejetteront les technologies uniformes puisque ces dernières ne correspondent pas à leurs conditions.” 

Approche judicieuse de la gestion intégrée des cultures (GIC) 

Sachant que les riziculteurs ouest-africains ont besoin d’une vaste gamme de technologies améliorées parmi lesquelles ils doivent choisir, combiner et adapter à leurs conditions spécifiques, l’ADRAO et ses partenaires ont utilisé l’approche judicieuse ou progressive de la GIC qui offre aux paysans une grande flexibilité et autonomie.

Dans le cadre de cette approche, une vaste gamme de technologies améliorées qui sont encore dans la phase de prototype est mise à disposition des paysans et est ensuite adaptée aux conditions locales à travers un processus d’intégration progressif, aboutissant à un panier d’options de GIC pour différents types de systèmes irrigués à base riz.

Le panier GIC inclut les options de la gestion améliorée des engrais, des adventices et de l’eau, des variétés améliorées et des technologies post-récolte efficaces ainsi que des outils d’aide à la décision tels que la meilleure date de semis, les quantités de semis et d’engrais ainsi que la période d’application des engrais, à partir des recherches sur la modélisation des cultures.

Les technologies GIC sont raffinées dans les champs des paysans, avec un niveau d’implication élevé de ces derniers dans le processus d’adaptation. On intègre d’abord la technologie qui intéresse le plus les paysans et qui traite des contraintes majeures. Souvent, l’intégration d’une composante nécessite l’intégration subséquente des technologies complémentaires.

Afin d’assurer le succès de la GIC dans le long terme, l’ADRAO est en train de mettre un plus grand accent sur la gestion durable de la base des ressources naturelles, notamment le maintien de la fertilité des sols, la prévention de la salinité et la conservation de la biodiversité.

Impact de la GIC en Mauritanie

L’ADRAO, en collaboration avec divers partenaires – le Centre national de recherche agronomique et de développement agricole (CNRADA), la Société nationale de développement rural (SONADER), l’Association générale d’études techniques agricoles (AGETA) et les organisations paysannes – a introduit l’approche GIC avec un grand succès dans les systèmes irrigués à base riz en Mauritanie. Ce travail a été soutenu par la Banque mondiale, le Gouvernement mauritanien, le Département pour le
développement international (DFID) et l’Agence japonaise de coopération internationale (JICA).

S’appuyant sur le succès de ces recherches initiales en milieu paysan avec AGETA, une coopération de riziculteurs relativement à grande échelle, qui ont pu obtenir des augmentations de rendement d’une à deux tonnes par hectare à partir de la gestion améliorée des engrais et des adventices, l’ADRAO et ses partenaires ont lancé un projet de 2 ans en 1999 pour mieux comprendre les liens entre les facteurs socioéconomiques, les choix des paysans, les cultures et les pratiques de gestion des
ressources ainsi que la productivité des systèmes rizicoles irrigués.

Tout en confirmant que les producteurs de riz irrigué peuvent accroître considérablement la productivité en utilisant les technologies améliorées de GIC, les résultats de la deuxième année du projet ont montré que les paysans de l’échantillon pouvaient accroître la productivité au niveau du champ de 60% et la rentabilité de 85% par une adoption partielle des composantes GIC.

“Les leçons apprises du projet GIC en Mauritanie seront d’une aide appréciable dans l’adaptation de la GIC à différents environnements de la production rizicole irriguée en Afrique de l’Ouest”, a déclaré Dr Miezan. “Avec une attention accrue de l’ADRAO pour les systèmes de bas-fonds, le système GIC offre de réelles opportunités de retombées pour les systèmes de bas-fonds pluviaux à faible et à moyen niveau d’intrant,” a-t-il ajouté.

 


© Copyright WARDA
Nous encourageons une utilisation judicieuse de ce matériel. Une citation appropriée est requise.