|
Espoir
d’un pays désertique : Technologies
personnalisées pour la riziculture irriguée en
Mauritanie
Dans un pays où le désert occupe plus de 90% de la
superficie, où plus d’un quart de la population est
au-dessous du seuil de pauvreté (un dollar par jour),
une gamme de technologies améliorées et d’outils
d’aide à la décision offre de nouveaux choix aux
riziculteurs et améliore la productivité, la
rentabilité et la durabilité de la riziculture irriguée.
Des chercheurs de l’ADRAO et du système national de
recherche et de vulgarisation de Mauritanie, en
partenariat avec les paysans locaux, ont montré que même
une adoption partielle de ces technologies par les
producteurs a accru de 60% les rendements des champs et
de 85% les bénéfices.
La plupart de la population mauritanienne pratiquait le
nomadisme il y a un peu plus de 40 ans. Mais les sécheresses
récurrentes et l’avancée continue du désert ont
poussé beaucoup de personnes à abandonner leur mode de
vie traditionnelle. Le secteur agricole emploie
maintenant près de 65% de la population active, ce qui
représente environ
25% du PDB.
En Mauritanie, le riz est un aliment de base. Le riz
paddy – cultivé presque exclusivement dans les terres
irriguées de la vallée fertile du fleuve Sénégal –
s’est considérablement propagé au cours des dernières
années et compte actuellement pour près de 50% de la
production céréalière. Cependant, la production de
riz local ne couvre pas la demande du pays puisque les
rendements sont généralement très inférieurs au
potentiel.
Les chercheurs de l’ADRAO ont découvert que la
production relativement faible des systèmes rizicoles
irrigués en Mauritanie et dans les autres pays sahéliens
de l’Afrique de l’Ouest est due en partie au fait
que la plupart des approches de recherche supposent que
ces environnements sont homogènes et ont, par
conséquent, développé des technologies uniformes.
“En effet, l’environnement sahélien est très
complexe et les contraintes et les priorités dans la même
région varient considérablement tout comme le sont les
perceptions et la connaissance de base des paysans,” a
expliqué Dr K. Miezan, Chef du Programme riz irrigué
de l’ADRAO. “Par conséquent, à moins que cette
variabilité ne soit prise en compte et que les paysans
ne soient intégrés dans le processus de génération
et d’adaptation des technologies, ils rejetteront les
technologies uniformes puisque ces dernières ne
correspondent pas à leurs conditions.”
Approche judicieuse de la gestion intégrée des
cultures (GIC)
Sachant que les riziculteurs ouest-africains ont besoin
d’une vaste gamme de technologies améliorées parmi
lesquelles ils doivent choisir, combiner et adapter à
leurs conditions spécifiques, l’ADRAO et ses
partenaires ont utilisé l’approche judicieuse ou
progressive de la GIC qui offre aux paysans une grande
flexibilité et autonomie.
Dans le cadre de cette approche, une vaste gamme de
technologies améliorées qui sont encore dans la phase
de prototype est mise à disposition des paysans et est
ensuite adaptée aux conditions locales à travers un
processus d’intégration progressif, aboutissant à un
panier d’options de GIC pour différents types de systèmes
irrigués à base riz.
Le panier GIC inclut les options de la gestion améliorée
des engrais, des adventices et de l’eau, des variétés
améliorées et des technologies post-récolte efficaces
ainsi que des outils d’aide à la décision tels que
la meilleure date de semis, les quantités de semis et
d’engrais ainsi que la période d’application des
engrais, à partir des recherches sur la modélisation
des cultures.
Les technologies GIC sont raffinées dans les champs des
paysans, avec un niveau d’implication élevé de ces
derniers dans le processus d’adaptation. On intègre
d’abord la technologie qui intéresse le plus les
paysans et qui traite des contraintes majeures. Souvent,
l’intégration d’une composante nécessite l’intégration
subséquente des technologies complémentaires.
Afin d’assurer le succès de la GIC dans le long terme,
l’ADRAO est en train de mettre un plus grand accent
sur la gestion durable de la base des ressources
naturelles, notamment le maintien de la fertilité des
sols, la prévention de la salinité et la conservation
de la biodiversité.
Impact de la GIC en Mauritanie
L’ADRAO, en collaboration avec divers partenaires –
le Centre national de recherche agronomique et de développement
agricole (CNRADA), la Société nationale de développement
rural (SONADER), l’Association générale d’études
techniques agricoles (AGETA) et les organisations
paysannes – a introduit l’approche GIC avec un grand
succès dans les systèmes irrigués à base riz en
Mauritanie. Ce travail a été soutenu par la Banque
mondiale, le Gouvernement mauritanien, le Département
pour le
développement international (DFID) et l’Agence
japonaise de coopération internationale (JICA).
S’appuyant sur le succès de ces recherches initiales
en milieu paysan avec AGETA, une coopération de
riziculteurs relativement à grande échelle, qui ont pu
obtenir des augmentations de rendement d’une à deux
tonnes par hectare à partir de la gestion améliorée
des engrais et des adventices, l’ADRAO et ses
partenaires ont lancé un projet de 2 ans en 1999 pour
mieux comprendre les liens entre les facteurs socioéconomiques,
les choix des paysans, les cultures et les pratiques de
gestion des
ressources ainsi que la productivité des systèmes
rizicoles irrigués.
Tout en confirmant que les producteurs de riz irrigué
peuvent accroître considérablement la productivité en
utilisant les technologies améliorées de GIC, les résultats
de la deuxième année du projet ont montré que les
paysans de l’échantillon pouvaient accroître la
productivité au niveau du champ de 60% et la rentabilité
de 85% par une adoption partielle des composantes GIC.
“Les leçons apprises du projet GIC en Mauritanie
seront d’une aide appréciable dans l’adaptation de
la GIC à différents environnements de la production
rizicole irriguée en Afrique de l’Ouest”, a déclaré
Dr Miezan. “Avec une attention accrue de l’ADRAO
pour les systèmes de bas-fonds, le système GIC offre
de réelles opportunités de retombées pour les systèmes
de bas-fonds pluviaux à faible et à moyen niveau
d’intrant,” a-t-il ajouté.
|